Silence ça touille : résistance et couscous royal
Publié le 18/03/2025
Silence ça touille, la chronique cinéma et cuisine de Christophe Casazza avec trois nouveaux films qui nous incitent à résister, et un couscous royal des montagnes du Maghreb en s'abreuvant à La source des femmes.
par Christophe Casazza
Aujourd’hui, je vous propose un menu spécial "résistance".
En entrée, je vous suggère un documentaire Les filles du Nil de Nadia Riyadh et Ayman El Amir. Ce film nous embarque dans le tourbillon de la vie d'une troupe de théâtre de rue égyptienne. Oubliez les scénarios prévisibles, ici, on vit l'instant présent avec une intensité qui décoiffe ! Les comédiennes croquent la vie à pleines dents et n'ont pas peur de dire ce qu'elles pensent. On s'attache à leurs rêves, à leurs doutes, à leurs éclats de rire. On a envie de les rejoindre dans leur folle aventure et de danser avec elles jusqu'au bout de la nuit. La réalisation est à l'image de la troupe : spontanée et pleine de vie. On ressent l'énergie du groupe, on vibre avec elles. Les scènes de danse sont un véritable hymne à la liberté et à la joie de vivre. On se laisse facilement emporter par la magie du Nil en suivant ces femmes extraordinaires qui illuminent les rues du Caire de leur énergie communicative !
En plat de "résistance", le chef vous propose un plongeon dans l'univers de Radio Prague, le film de Jiri Madl. Un véritable sourire en coin, mais sans perdre de vue la gravité (et l'humour) du propos ! Mai 1968 à Prague, une époque où les ondes de la liberté faisaient des vagues et des nœuds dans les antennes. Ce film nous rappelle que même derrière le Rideau de fer, l'humour pouvait faire des étincelles, et parfois griller les fusibles. Jiri Madl nous offre une plongée dans les coulisses d'une radio qui défiait le pouvoir en place à coups de jeux de mots et de chansons subversives ; où les journalistes jonglaient avec la censure, les micros qui grésillent et les blagues qu'on chuchote derrière les portes closes.
Au dessert, vous allez bien reprendre un peu de Les Lolita de Téhéran de Eran Rikkis. C’est piquant et savoureux à la fois ! Préparez vos papilles, car Les Lolita de Téhéran est un film qui vous transporte dans un univers où le thé à la menthe se déguste avec une pincée de piment. On y découvre un groupe de jeunes femmes iraniennes qui jonglent avec les contradictions de leur quotidien, entre traditions ancestrales et désirs de modernité. Elles discutent de leurs amours, de leurs rêves et de leurs frustrations, tout en se maquillant avec une précision chirurgicale et en dévorant des pâtisseries à la pistache. C'est un peu comme si Sex and the City avait rencontré Persépolis, avec une bonne dose d'humour et d'autodérision. La réalisation est pétillante et pleine de surprises. Les scènes s'enchaînent avec un rythme effréné, les couleurs sont vives et les musiques entraînantes. On ne s'ennuie jamais, on est toujours surpris par un détail, une réplique, un regard.
La source des femmes de Radu Mihaleanou
Pour la soirée Silence, ça touille ! On se visionne La Source des femmes de Radu Mihaleanou Le pitch : Leïla (Leïla Bekthi) est témoin de la chute d'une jeune femme enceinte qui fait une fausse couche en revenant de la source, loin du village. Cet incident la fait réfléchir à la condition des femmes du bled qu’elle va entraîner dans une grève de l'amour qui va faire des vagues ! C'est le point de départ de ce film grave qui ne manque pas d’humour et d’une pincée de malice. Les femmes sont fortes et déterminées et n'ont pas froid aux yeux. On s'attache à leur courage, à leur solidarité, à leur capacité à rire même dans les moments difficiles. On se laisse emporter par les chants, les danses, dans un village dans lequel la vie est rude, mais où l'espoir est toujours présent. Dans la scène qui nous intéresse toutes les femmes sont réunies pour préparer le couscous. Leïla leur lit un texte érotique.
LA SCÈNE
Leïla (lisant le texte aux autres femmes) :
- Elle rejetta ses voiles et se dévêtit tout entière pour apparaître dans sa native nudité. Béni soit le ventre qui l’a porté. C’est alors seulement que Nour vit que la princesse était d’une beauté douce et blanche, comme un tissu de lin et qu’elle répandait, de toute sa part, toute la suave odeur de l’Ambre. Telle la rose qui secrète son parfum originel. Il la pressa dans ses bras. Et l’ayant exploré dans sa profondeur intime, il trouva en elle une perle encore intacte.
Leila referme le livre et regarde les autres femmes d’un œil amusé. Les autres femmes ferment les yeux de bonheur.
Rachida (moqueuse) :
- T’es normale toi ? ça va bien dans ta tête ? T’allumes le four et je dois me refuser à Karim. Tu veux jeter de l’eau sur le feu... genre... je dois retourner là-haut à la source, et gaspiller la chaleur de mon four avec l’eau c’est péché… tu crois pas ?
Aïcha :
- Tu vas nous faire souffrir Leïla !
Une autre femme, Loubna :
- Tu vas me rendre folle Leïla, tu veux que je cours dans les rues du village en me bouchant les oreilles et en criant : J’en peux plus mon homme, viens me prendre !
Leïla (un peu en colère) :
- J’essaie de vous cultiver un peu... bande de poules. Cette histoire-là, c'est notre identité. Je vous apprends à être sensuelles, à ne pas oublier le plaisir !
Rachida (caustique) :
Dites-moi, madame, l’instituteur… comment on fait la grève de l’amour en étant sensuel ?
Elle s’amuse à imiter les deux sentiments à la fois.
- Ah ! Prend-moi, prends-moi… non je veux pas, je veux pas… prends-moi, prends-moi, non je veux pas, je veux pas… Leïla tu me plais... non Leïla je veux pas... je veux pas, je veux pas.. non… oui... non... Leïla… non… oui… non.
Recette du couscous royal des montagnes du Maghreb
Dans l'huile d'olive, faites griller 2 oignons, 800 g de bœuf et 800 g de côtes d'agneau. Ajoutez 2 aubergines, 1 kg de courgettes, 1 kg de tomates, 1 boîte de pois chiches et 1 kg de carottes ; salez et poivrez.
Ajoutez 1 c à s d’épices à couscous (ras el-anout) et 1/2 litre d'eau, et laissez cuire doucement 2 à 3 h.
1/2 heure avant le fin, ajoutez 4 cuisses de poulet.
Pour la sauce salée, recueillez du jus de cuisson dans un bol, et ajoutez-y une petite cuiller de harissa
Pour la sauce sucrée, faites revenir 1 oignon émincé dans une bonne cuillère à soupe de sucre, laissez bien dorer, ajoutez une louche du jus de cuisson et une cuillère à café de cannelle.
Pour la graine, on fait comme indiqué sur l’emballage, et ajoutez une belle cuillère à soupe de beurre.
On égraine à la fourchette.
On sert ce délicieux couscous en regardant le replay du film sur France 2.
Bon film et bon appétit !