Pour comprendre l'impact des ports, on scrute la microcouche de surface marine
Publié le 03/04/2025
Clémentin Deniau, est doctorant en écologie microbienne au laboratoire Borea du Muséum National d'Histoire Naturelle, rattaché à l'Unité mixte de recherche : Littoral - Environnement - Télédétection - Géomatique (UMR : LETG) de l’Institut universitaire européen de la mer (IUEM). Il étudie la composition du premier millimètre de la surface des océans dans les zones portuaires pour comprendre l'impact écologique des activités humaines sur la vie marine.
La thèse de Clémentin Deniau porte sur les impacts du trafic maritime sur la composition et la diversité de la microcouche marine de surface dans les baies de Guadeloupe.
Une zone d'échange entre l'océan et l'atmosphère
Le premier millimètre de la surface de l'océan est un peu comme une peau. C'est une interface entre le milieu marin et l'extérieur, un point de contact entre deux univers et, à ce titre, cette microcouche de surface est particulièrement intéressante à étudier. On appelle neuston la partie biologique de cette surface aquatique (pour l'eau salée ou l'eau douce). La microcouche de surface se révèle bio-accumulante : les éléments vivants y sont particulièrement concentrés. Une "pellicule biologique" s'y forme.
Des prélèvements pour étudier l'impact écologique des ports
La science s'intéresse à cette microchouche depuis les années 1990, mais on l'avait peu étudiée pour comprendre l'écologie portuaire, la spécialité de Clémentin Deniau. Le chercheur réalise donc des prélèvements et analyses dans les ports. Il étudie ainsi les impacts potentiels des activités portuaires et du trafic maritime sur la résilience de la microcouche de surface. La thèse permettra par ailleurs de mieux comprendre le fonctionnement général de ce milieu si spécifique.
Éléments nutritifs (nitrates, nitrites, ammonium, phosphates), polluants HAP (hydrocarbures aromatiques), TEP (polymères issus des bactéries et du plancton) feront l'objet d'analyses physico-chimiques. Il s'agit de savoir notamment si les bactéries consommatrices d'hydrocarbures sont particulièrement nombreuses dans la microcouche de surface des ports, quelle est la biodiversité des bactéries portuaires, quelles sont les interactions entre les bactéries et les différences selon les zones des ports.
Étude du port de Brest puis de 15 ports de Guadeloupe
Clémentin Deniau a commencé à échantillonner le port de Brest en prélevant la microcouche avec une plaque de verre de format A4 plongée en différents points du port : marina du château, port de plaisance du Moulin-Blanc, port de commerce. Pour l'instant, il a constaté en effet une accumulation en surface des composants qu'il recherchait.
Pour l'observatoire hommes-milieux de la Guadeloupe, sa mission (d'avril 2025 à novembre 2026) s'intéresse à la diversité des ports de la Guadeloupe ; le travail de Clémentin Deniau se répartira sur 15 sites, dans le but de réaliser une typologie portuaire. Dans un second temps, un port sera suivi sur un temps long pour constater (ou pas) les évolutions de la microcouche.